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Maroc

Les dommages collatéraux de la COP22 sur l’eau

Date de publication: 
Dimanche, 27 Novembre, 2016
Par: 
Thierry Uso

Tous les experts s’accordent à penser que le changement climatique va aggraver la crise de l’eau partout dans le monde, crise de l’eau qui frappe déjà de plein fouet le Maghreb et le Moyen-Orient. Le Maroc a donc fait en sorte que l’eau soit une des questions au centre des discussions de la COP22 à Marrakech. De ce point de vue, nous n’avons pas été déçus. Pendant toute la durée de la conférence, les ateliers et side-events consacrés à l’eau dans toutes ses dimensions et relations avec le climat, se sont succédés à un rythme soutenu, ponctués par les habituelles déclarations et promesses d’actions.

Ce qu’il ressort de ce brainstorming entre ceux qui s’auto-désignent comme les acteurs compétents dans le domaine de l’eau, à savoir en premier lieu les entreprises privées, mais aussi les Etats, les collectives territoriales et quelques grandes ONG qui les soutiennent, est la volonté de recourir quasi-exclusivement à ce désastre environnemental et social appelé « économie bleue et verte ».

« La déclaration de Marrakech par les alliances mondiales pour l’eau et le climat » est un bon exemple du discours axé uniquement sur la promotion de l’économie bleue et verte. Ont signées cette déclaration :

Compte-rendu atelier Accaparements des ressources et des territoires : résistances en cours (CADTM)

Date de publication: 
Jeudi, 19 Novembre, 2015
Par: 
Robin Delobel

Cet atelier de l’université d’été du CADTM accueillait trois intervenants aux parcours très divers. Anna Bednik est membre d’ALDEAH (Alternatives au Développement Extractiviste et Anthropocentré), un collectif regroupant des personnes de France et d’Amérique Latine actives dans des mouvements de résistance à des projets extractivistes, en lien avec d’autres mouvements. Elle a notamment participé au mouvement contre les hydrocarbures de schiste en France, au sein d’un collectif francilien. « On assiste à un retour de l’extractivisme minéral (métaux et hydrocarbures) en Europe et notamment en France, il y a des résistances importantes sur lesquelles nous informons. La logique des zones de sacrifice, commune aux projets extractivistes et aux projets d’aménagement de territoires, est la même au Nord et au Sud : imposer des sacrifices aux habitants des territoires qu’on cherche à mettre au service du système marchand. » Larbi d’Attac Cadtm Maroc, travaille sur le libre échange et les retombées sociales et économiques sur la population. Il nous informe d’emblée qu’il y a beaucoup de luttes contre les grands projets imposés : plusieurs projets de tgv, LGV, centrale thermique au charbon,... Le CADTM Maroc travaille également sur la question des femmes. Larbi rappelle que l’année passée ils ont organisé une importante caravane internationale sur la question des femmes victimes du microcrédit. Myriam Bourgy, jeune maraîchère, travaille aussi à la confédération paysanne, sur les luttes que mènent les paysans en lien avec d’autres acteurs de la société.

Tout d’abord les deux animateurs soulignaient l’importance de définir concrètement les luttes de territoires, « exercice assez compliqué car il s’agit un phénomène nouveau, il n’y a pas de définition stricte » soulignait Sébastien.

Imider: Marche de protestation des femmes

Pour la troisième fois consécutivement, les femmes d’Imider marchent pacifiquement le long de la route nationale n°10. Ces femmes ont pris part à la lutte pour les droits légitimes des habitants en participant au côté de leurs maris et leurs enfants à toutes les formes de protestation qu’Imider a connu jusqu’ici. Aujourd’hui 8 mars 2015, la lutte est plus forte qu’hier sur le mont « Alebban » contre la mine d’argent exploitée par la SMI ( Société Métallurgique d’Imider) et ainsi que contre les politiques de marginalisation et d’appauvrissement imposées par le Makhzen.

Cette marche des femmes, comme celles des deux années précédentes, a également pour objet l’absence de prise en compte des droits humains dans le traitement de cette juste cause. Elle dénonce les pratiques violentes et irresponsables des autorités et des administrations publiques manipulées qui tentent d’ignorer les revendications des habitants. Les militantes ont revendiqué la libération de leurs jeunes fils détenus, victimes de dossiers judiciaires frauduleux, et la levée de l’approche sécuritaire à Imider.

Imider, cinq ans de résistance contre une mine d'argent : entretien

Date de publication: 
Mercredi, 25 Février, 2015
Par: 
Collectif Aldeah
26 juillet 2014 Imider Maroc26 juillet 2014 Imider MarocCela fait quelques temps que le collectif Aldeah reçoit régulièrement des (mauvaises) nouvelles du mouvement 96 Imider qui lutte contre l'industrie minière dans le sud du Maroc. La répression que subissent les opposants de la part des forces de l'ordre n'est pas sans rappeler, peut-être, celle qui a pu avoir lieu en France contre les opposants au barrage du Testet ou à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes proche de Nantes. Elle est le lot commun de ceux qui, un peu partout sur Terre, luttent contre ce que nous nommons l'extractivisme et les "Grands Projets Inutiles Imposés" (GPII). Voici l'entretien que nous avons eu avec un des portes-parole francophones du mouvement marocain. "

« Avant l'ère du protectorat français, la tribu de « Ait Atta » vivaient librement dans leurs larges territoires, cette époque a connue beaucoup de conflits entre les différentes tribus amazighes sur les terres, mais après  l’année 1935, les autorités françaises ont conservé, pour chaque tribu,  les terrains  contrôlés par cette dernière et sur lesquels elle exerce ses activités agricoles. En 1953, le roi Med V a validé ces bases juridiques » disait O.Brahim, un homme âgé de IMIDER.

En France, on reçoit des informations de votre combat à Imider, pourriez vous nous préciser depuis quand vous luttez et contre quoi exactement ?

 Depuis le 1er août 2011 et dans le cadre du Mouvement sur la voie de 96 (MSV96), les militants de la commune rurale d'Imider lutte​nt contre:
  • le pillages des richesses naturelles par la Société Métallurgique d'Imider (SMI) 
  • la destruction de l’environnement  à cause de la pollution et de la surexploitation des richesses naturelles (eau, terres, sables et mines...) par la SMI. 
  • les politiques de marginalisation, d'appauvrissement et d'exclusion menées par l'Etat à l’égard des communautés.
Et luttent pour:
  • la promotion des secteurs sanitaire et de l’éducation ainsi que le renforcement des infrastructures de base.

Eau à ImiderEau à ImiderQu'est-ce qu'extrait la mine d'Imider et pour quel usage ?

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SUR UNE COLLINE AU MAROC, DES VILLAGEOIS S'OPPOSENT À UNE MINE

Source : saghro.wordpress.comSource : saghro.wordpress.comIMIDER, Maroc – A près de 1500 mètres d’altitude dans l’Atlas Marocain, un minuscule camp de retranchement a pris forme sur une colline depuis deux ans. Les petits bâtiments de pierre ont un air de gaîté avec leur graffiti, et il y a un musée en plein air. On voit sur de nombreuses portes des inscriptions significatives rappelant par exemple le Révérend Martin Luther King ou Mère Térésa. Sur la digue d’une retenue d’eau, quelqu’un a peint le visage d’un militant local qui est en prison en raison d’une accusation que les gens d’ici considèrent comme fabriquée de toutes pièces.

C’est un peu surprenant de voir une telle installation à cet endroit, mais il y a une raison à cela: l’opposition à l’expropriation par une société d’exploitation minière d’un précieuse ressource en eau, ainsi qu’à la pollution causée par la mine.

Les habitants viennent d’Imider, une municipalité qui compte 6000 personnes dispersées dans sept villages et qui avoisine la mine d’argent la plus productive d’Afrique.

Mais si la région est riche en argent, elle compte une des populations les plus pauvres du Maroc. Les gens d’Imider disent que s’ils en veulent à la mine, c’est parce qu’elle ne leur apporte rien, à part la pollution. Et il y a deux ans, quelques-uns d’entre eux ont gravi la colline et ont coupé l’alimentation en eau de la mine. Depuis ce moment, ils occupent la colline et continuent le combat contre la Compagnie Métallurgique d’Imiter, et par voie de conséquence, contre le roi du Maroc, qui en est le principal propriétaire.

« Nous étions prêts à négocier », dit Brahim Udawd, 30 ans, l’un des leaders du mouvement de contestation, en parlant des événements qui ont amené l’occupation de la colline. « Mais personne n’a prêté attention à nous, et donc nous avons fermé la vanne d’alimentation. Ils prennent l’argent et nous laissent les déchets. »

En ce moment, cette colline, le Mont Alebban, est relativement calme. Les femmes viennent tous les jours faire la cuisine dans les petites maisons en pierre et participent aux réunions stratégiques que les villageois organisent régulièrement.

« Cela fait deux ans et demi que nous sommes ici, et personne n’entend nos cris de détresse, » dit Mina Ouzzine, 40 ans. « J’ai voté oui à la nouvelle constitution parce que j’espérais du changement, plus d’égalité. Nous sommes égaux, mais égaux dans la pauvreté. »

Résistance berbère : La mine d’Imider (Maroc)

Au sommet du mont d’Aleban, à deux kilomètres d’Imider, une localité située à quelque 200 km au nord-est d’Ouarzazat, des habitants en colère organisent un sit-in depuis déjà une année. Ils protestent contre l’exploitation d’une mine d’argent sur leurs terres depuis 1969 par la Société métallurgique d’Imider (SMI), une filiale du groupe minier Managem géré par la Société nationale d’Investissement (SNI) appelée aussi « Maroc SA », une propriété du roi du Maroc. Si cette entreprise a généré en 2010 un chiffre d’affaires de 74 millions d’euros, ce qui la place parmi les plus importantes mines d’argent en Afrique, les habitants, eux, vivent à l’âge de pierre, dans l’indigence et la pauvreté. Ils n’ont ni routes, ni dispensaires, ni écoles, ni réseau Internet. L’hôpital le plus proche est situé à 200 km.

Pire encore. La surexploitation de la mine a provoqué la pollution de leur environnement immédiat au cyanure et au mercure, deux produits chimiques que la SMI utilise pour le traitement du minerai. C’est la faiblesse et l’interruption par la suite du débit d’eau dans les puits et dans les robinets des habitants qui ont enclenché le mouvement de colère. La baisse du débit en eau atteint plus de 60 %.
En réaction à ces injustices, les habitants commencent par manifester pacifiquement leur colère devant la mine, mais face au silence méprisant de l’entreprise, ils changent radicalement de méthode. Ils coupent l’alimentation en eau de la mine. Leurs revendications sont claires. Ils exigent de partager les profits matériels de la SMI. Ils revendiquent aussi que 75 % des recrutements soient réservés aux habitants de la région touchée par la sécheresse et le chômage et exigent la participation au développement économique et sociale de la région, considérée comme l’une des plus pauvres au Maroc.