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COP 21, miroir aux alouettes !

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Par Jacques Ambroise Le 14-12-2015

Une épidémie d'amnésie volontaire semble avoir frappé l'ensemble des mercenaires médiatiques relatant les péripéties de la conférence climatique de Paris, car à lire ou à écouter leurs commentaires "à chaud", si l'on ose s'exprimer ainsi, on voudrait nous faire croire qu'un accord historique vient d'être rédigé, une fois de plus in extrémis, entre les 195 pays participants.

En ces temps de découplage entre mémoire et actualité, ne laissant entrevoir que l'écume de cette dernière, se rappeler que le trop long processus de négociations engagé depuis plus de vingt ans a toujours finalisé des engagements non-contraignants qui n'ont donc jamais eu vocation à aboutir. C'est bien pour cette raison que nous en sommes arrivés à un état d'urgence climatique puisque depuis des décennies  nous battons des records d'émissions de gaz à effet de serre (GES). Petits pas à petit pas, on pourra espérer longtemps encore pendant que les discussions se poursuivront lors des prochaines COP 22, 23, 24,…. Sans la société civile.

Les peuples et surtout ceux qui subissent déjà les effets dévastateurs de l'actuel dérèglement climatique dû à une élévation de la température moyenne de la planète de 0,85° C depuis 1990, année de référence adoptée lors du protocole de Kyoto, ne céderons certainement pas aux invitations grandiloquentes appelant à garder l'espoir pendant encore de longues années.

En réalité, ces rencontres sommitales n'ont d'autres vocations qu'à maintenir l'illusion auprès d'une partie de l'opinion publique que ceux qui gouvernent le monde seraient en capacité de trouver des solutions aux problèmes dont ils sont à l'origine.

Si l'histoire doit retenir un fait historique de ces négociations c'est que Paris aura ouvert la place à la marchandisation du climat en organisant une fantastique opération de "greenwashing" et de "lobbying" pour les multinationales les plus climaticides (1) responsable des 2/3 des émissions de GES. L'État français devait bien ça aux principaux sponsors de cet évènementiel. Le capitalisme du désastre  mondialisé doit continuer à vivre et le texte finalisé ne laisse aucun doute sur cette orientation. Découplé de ses principales causalités, le changement climatique est perçu comme "l'ennemi principal", contre lequel il s'agit d'élaborer des "ripostes" grâce à  la technologie industrielle intelligente et des financements (s'ils sont disponibles) pour la mise en œuvre de mesures d’atténuation et d’adaptation au dérèglement climatique (articles 9 et 10). Le changement climatique est donc vécu comme une opportunité guerrière pour la croissance industrielle et le développement (capitaliste) "durable", avec à la clef un marché ouvert par le transfert de technologies vers les pays en développement. Faire croire que tout va changer alors que rien ne change.

Rappelons-nous qu'en 2008, l'Union Européenne adoptait le "paquet Energie-Climat" prévoyant une réduction de 20% des émissions de GES à l'horizon 2020. En 2014, celui-ci a été repoussé à l'horizon 2030 avec comme ambition une réduction de 40% des émissions de GES. Il faudrait être ingénu pour se féliciter de si bonnes résolutions, car c'est dans les coulisses que se trame l'imposture. Faisant suite à l'accord de libre-échange signé en 2013 avec le Canada, en 2014 sous la pression des pétroliers et du gouvernement canadien, l'Europe (des eurocrates) renonçait à surtaxer les hydrocarbures non-conventionnels les plus polluants, les plus énergivores et les plus émetteurs de GES (hydrocarbures de schiste et sables bitumineux). En 2015, alors que les discussions de la COP 21 se déroulent jour et nuit, les 3/4 des raffineries de l'Europe sont désormais équipées pour accueillir ces pétroles sales (2). Dans le même état d'esprit en avril 2015, le gouvernement français a présenté en conseil des ministres un projet de loi (n° 2774) autorisant la ratification par l'Europe d'un accord commercial avec la Colombie et le Pérou soutenant par ce fait le système extractiviste déjà bien implanté et ses conséquences dévastatrices. Sans oublier le scandale Volkswagen et autres constructeurs automobiles violant sciemment les exigences réglementaires. Les bonnes résolutions officielles de rester sous la barre des 2°C semblent donc d'ores et déjà bien compromises d'autant que l'accord ne sera pas contraignant avant… 2025 et qu'il ne révèle aucune mesure significative permettant d'envisager un infléchissement de l’actuelle trajectoire vers 3°C de réchauffement climatique. Pourtant, les experts de l'organisation mondiale de la météorologie (OMM) considèrent que la décennie à venir sera déterminante dans le déclenchement de phénomènes météorologiques extrêmes, et bien que depuis 2012, l'agence internationale de l'énergie (AIE) exhorte les pays producteurs d'hydrocarbures à laisser les 2/3 des ressources prouvées dans le sous-sol.

L'ambition finale du texte de la convention de Paris montre ses limites en laissant de côté quelques grands oubliés pourtant intrinsèquement liés aux processus du réchauffement climatique. En effet, nulle part ne sont évoqués l'effondrement et la perte de la biodiversité, l'épuisement des ressources et les multiples conflits pour leur accaparement, la disparition dramatique des terres arables par l’industrie du BTP et la construction de grands barrages, bref les grand projets inutiles imposées, l'acidification des océans et ses conséquences, les diverses pollutions de l'air, de l'eau, de la terre, etc. Par contre, si les forêts sont citées, elles sont perçues de manière utilitaire comme des réservoirs à carbone.

Changer de paradigme, c'est sortir du système capitaliste prédateur (fut-il déguisé en vert), sortir du mode de vie productiviste / consumériste, sortir de la compétition mondiale pour que chacun dans ce monde puisse accéder à ses nécessités fondamentales et goûter sobrement des richesses qui lui sont offerts par la planète Terre.

Ne soyons pas aussi naïfs que les faiseurs d'opinion le pensent.

  Jacques Ambroise, Jean Marc-Sérékian :

 Gaz de schiste, le choix du pire- Éditions "Le Sang de la terre" novembre 2015

Notes :

(1) Ces firmes spécialisées dans le lobbying et les relations publiques qui aident les gros pollueurs à verdir leur image. Par Olivier Petitjean le 7 décembre 2015

http://multinationales.org/Ces-firmes-specialisees-dans-le-lobbying-et-les-relations-publiques-qui-aident

 

(2) En pleine Conférence climat, l’Europe ouvre les bras aux sables bitumineux canadiens

Par Olivier Petitjean. Le 10 décembre 2015

 http://multinationales.org/En-pleine-Conference-climat-l-Europe-ouvre-les-bras-aux-sables-bitumineux

 

 

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