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Politique minière en Argentine : Impacts, menaces, résistances

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Depuis 2005, l'Argentine vit un véritable « boom minier ». Les anciennes mines ré-ouvrent. De nouveaux gisements sont prospectés. Cuivre, argent, lithium, or et uranium agissent comme des aimants auprès des investisseurs nationaux et étrangers. La remontée des cours des métaux jusqu'en 2008 a fait apparaître l'exploitation minière comme une opportunité de relancer l'activité économique après la crise de 2001, option que le gouvernement actuel défend au point d'avoir empêché l'adoption de la Loi de Protection des Glaciers qui devait interdire toute activité industrielle sur les glaciers et dans leur environnement proche.

Cette accélération de l'activité minière est irrémédiablement destructrice pour l'environnement et les populations qui vivent dans les régions concernées par les projets miniers. Les mouvements populaires d'opposition cherchent à le faire savoir.

1. Relance de l'industrie minière

L'Argentine possède une cordillère étendue sur plus de 5000km, dotée d'innombrables minerais. D'après le Mining journal, elle se trouve au 6ème rang des nations les plus riches en ressources minières1. Autrefois cataloguée comme le « grenier du monde », elle est en passe de devenir « la vedette de l'industrie méga-minière». Pourquoi un tel « boom » dans un pays où ces ressources existent depuis fort longtemps ? Nombreux facteurs internes et externes (dont les investissements étrangers) ont conduit à ce virage « productif » d'un nouveau genre, initié dans les années 1990. Virage réussi pour cette industrie à grande échelle, dont les partisans se réjouissent de voir son accomplissement à travers la multiplication des mines à ciel ouvert. Le temps des mines où l'on descendait dans des galeries profondes est dépassé. Aujourd'hui, il est plus rentable de faire exploser les montagnes...

 1.1. Un héritage colonial

Selon les historiens Thomas Gomes et Itamar Olivares, l'effondrement démographique advenu à la suite de la colonisation de l'Amérique du Sud (on passe d'une population d'environ 80 millions à 2 millions) n'est pas dû à un génocide. L'un des principaux facteurs (après les maladies apportées par les conquistadors) est l'établissement d'un système socio-économique qui fait table rase de l'ancienne organisation indienne et altère gravement les rapports des différents groupes humains à leur environnement. Parmi les éléments caractéristiques de ce système (que l'on pourrait nommer la société coloniale), résident les encomiendas, la traite négrière, et, plus tard dans le courant du XIXème siècle, les haciendas ; mais aussi et depuis le tout début de la colonisation, l'exploitation minière. Rappelons que la recherche de métaux précieux, de l'or en particulier, est l'une des principales motivations de la conquête espagnole. L'exploitation des mines d'or et d'argent constitue le nerf de l'économie coloniale. On peut citer la célèbre mine d'argent de Potosi (dans l'actuelle Bolivie) la mine de mercure d'Huancavelica au Pérou ou encore de Zacatecas au Mexique. Notons que des mines de Potosi et de Cerro Rico, ont été extrait 10 000 tonnes d'argent entre 1550 et 1630. Ces mines étaient de grandes mangeuses d'hommes, comme le fait remarquer Alfred Métraux. En effet, les hommes y mourraient de la misère, du surmenage et de la sous-nutrition, mais aussi indirectement de la terreur qu'elles inspiraient (en effet, l'élément psychologique est un facteur à ne pas négliger ; beaucoup d'indiens se laissèrent mourir de désespoir).

Le problème posé par les exploitations minières en Amérique du Sud est vieux de cinq siècles et les exploitations actuelles font inévitablement écho au passé colonial. Notons par exemple que la tristement célèbre entreprise canadienne Barrick Gold Corporation tente d'implanter des mines dans un site appelé Mexicana (situé dans les alentours de Famatina et Chilecito) qui fut un lieu célèbre d'exploitation au XIXème siècle. Ce qui nous fait penser que l'histoire tend à se répéter sous d'autres formes...

« Le code de l'industrie minière » (loi 1919), dicté en 1886, se maintiendra pendant 100 ans, pratiquement sans aucun changement. Ce code établit notamment que les mines de la catégorie 1 (d'or, d'argent, de nickel et, plus tard, d'uranium), sont « propriété de l'Etat » (national ou provincial) qui ne peut pas les exploiter directement : leur utilisation économique ne peut se faire qu'à travers l'octroi de concessions2 . Dans ce contexte, tout au long du XXème siècle, nombreuses compagnies minières occidentales continuent d'exploiter la main d'œuvre indigène, plus particulièrement sur les hauts plateaux du Nord-ouest. Jusqu'à ce que la chute des cours des minerais précipite la fermeture de la majorité des mines à la fin des années 80. Il en résulte alors une déstructuration complète de l'organisation locale du travail et un exode rural massif des hommes de la région. Véritable sinistre économique et social pour le peuple Kolla qui vit sur ce territoire...

 1.2. L'antichambre du boom minier

Après des années 80 catastrophiques sur le plan de l'augmentation de la dette extérieure, Carlos Menem met en place une série de politiques ultralibérales (dictées par « le consensus de Washington »3 ) qui se traduit par la privatisation de nombreuses entreprises d'Etat. C'est ainsi qu'il brade la majorité des ressources naturelles non renouvelables du pays, tels que le gaz, le pétrole, etc... et qu'il favorise en parallèle l'introduction du soja transgénique.

À cette même époque, le cours des métaux sur les marchés mondiaux remonte, en raison des avancées technologiques et de l'augmentation de la demande. Les stratégies capitalistes se recentrent sur ces investissements prometteurs. Le gouvernement de Menem cherche alors à attirer des fonds internationaux pour développer et moderniser ce secteur d'activité dans son pays. La technologie des mines « à ciel ouvert » permettant d'obtenir des minerais en grande quantité et à bas coût est bien tentante...

Mais pour cela, des changements législatifs doivent intervenir dans le « code de l'industrie minière ». Les modifications successives de ce code traceront un chemin légal sur mesure pour les investisseurs étrangers. Elles seront le vrai point de départ qui a conduit au boom minier actuel. En 1993, la loi 24196 institue le nouveau régime des investissements dans l'industrie minière et octroie une série d'avantages fiscaux aux concessionnaires, dont une « stabilité fiscale » sur 30ans. Quant à l'Etat argentin, il ne pourra percevoir un pourcentage supérieur à 3% de la valeur du minéral brut extrait... En 1995, est créé le département « Mines et Environnement » (24.498) pour réglementer les contrôles environnementaux. La loi omet cependant de citer qui sera responsable de la fermeture des mines lorsque les gisements sont épuisés... C'est finalement en 1997 que le code minier connaîtra sa dernière modification4 .

Il est évident que ces dispositions nationales ont joué un vrai rôle d'aimants auprès des entreprises minières étrangères. Mais rajoutons à cela la politique d'incitation de la Banque mondiale qui a prêté en 1996-98 près de 70 millions de dollars afin de mener à terme cette relance du secteur minier !

C'est dans ce contexte qu'ont commencé à fonctionner Bajo La Alumbrera (appartenant aux entreprises Xstracta Cooper, Northern Orion, Goldcorp et le consortium argentin YMAD) premier gros chantier du pays. Ce fut ensuite le Salar del Hombre Muerto (FMC Lithium), lui aussi situé dans la province de Catamarca. Enfin Cerro Vanguardia (Anglogold, Ancorp y Petrobrás), dans la province de Santa Cruz. C'est aussi à ce moment que débutent les négociations du projet Pascua Lama, situé dans la cordillère à 4800 m d'altitude, à cheval entre le Chili et l'Argentine. Ces 2 pays signent plusieurs traités (dont la loi de complémentarité minière) pour permettre à Barrick Gold de développer l'un des plus gros chantiers miniers des Andes. Ainsi naissait la Méga-industrie minière en Argentine5 .

Paradoxalement, à cette même époque, la conjoncture économique mondiale devient très défavorable, la demande en métaux ayant fortement chuté à cause de la crise économique qui traverse les pays asiatiques. Malgré cela, l'Argentine continue à soutenir le développement minier. Pari réussi car les cours remontent rapidement dés l'année 2000...

 1.3. Le boom minier post crise 2001

Malgré la crise interne de 2001, l'économie du secteur minier n'est pas anéantie, bien au contraire... La restriction du retrait d'argent des banques (corralito) et l'alternative d'utiliser ces fonds pour des transactions immobilières sont perçues comme une opportunité pour récupérer les fonds « gelés ». A partir de là, les cours de l'or et du cuivre vont atteindre des records historiques en raison de l'expansion économique que traversaient alors la Chine et l'Inde. De fait, la production ne répond plus à la demande.

En 2005, après la restructuration réussie de sa dette privée, l'Argentine retrouve la croissance, qui continue en 2006 grâce à des récoltes record, à des niveaux d'investissement élevés et surtout à un dynamisme exportateur. De 2003 à 2007, les investissements dans le secteur minier augmentent de 748%, et des records historiques sont battus en matière de prospection, exploration et production. En 2007, sont recensés 9 gisements exploités, 5 gisements en construction et 140 en prospection !6L'industrie minière connait alors son heure de gloire.

Le gouvernement argentin tente alors de faire passer une loi en Janvier 2008, visant à augmenter les taxes à l'exportation pour les compagnies étrangères. Celles-ci réagissent en accusant le gouvernement de violer les lois du code de la mine de 1993 et elles menacent de geler les investissements dans le pays si la loi est votée. Le projet de loi sera donc vite mis de coté...

 1.4. L'industrie minière argentine dans la crise financière mondiale

Selon les sources officielles du gouvernement, l'industrie minière aurait battu des records de croissance en 2008, allant à contre courant de la crise économique internationale. 256 000 postes de travail (directs et indirects) auraient été créés, les exportations atteindraient 3.437 millions de dollars et 2.041millions de dollars auraient été investis dans le secteur. Résultats bien différents des autres pays de la planète où les mêmes compagnies sont implantées. Jusqu'en décembre 2008, le Chili a perdu 12000 emplois, le Pérou 8000 et le Mexique 4000. Plusieurs compagnies australiennes et canadiennes ont annoncé des pertes d'emploi à l'intérieur de leurs propres pays. Pendant ce temps, alors que le prix international des métaux chute, l'Argentine inaugure 4 nouveaux projets d'envergure : Manantial Espejo, à Santa Cruz; Pirquitas, à Jujuy; Sierra Grande, à Río Negro y Gualcamayo, à San Juan7 . Parallèlement à ces annonces de bonne forme économique du secteur, les promesses de respect de l'environnement et de la santé se multiplient.

Quant à Pascua Lama, l'action de Christina Kirchner vis-à-vis de la loi de protection des glaciers (voir plus loin) montre bien sa volonté de permettre la construction de ce chantier emblématique au plus vite...et coûte que coûte! Le 7 Mai dernier, le président de Barrick Gold annonçait à la présidente du pays le lancement du chantier pour Septembre 2009 et la nécessité d'investir 3000 Millions de dollars! Malgré la résistance des défenseurs de l'environnement, Christina Kirchner donnait son aval...

Toujours d'après les informations du secrétariat de l'industrie minière, ce développement prospère est loin de s'arrêter. Selon leurs estimations il y aura 18 méga chantiers en 2015. D'ici là, les investissements s'approcheront des 38.500 millions de pesos, et il y aura près de 87.250 emplois directs et 316.000 emplois indirects... Mais quand on sait que la solution anti crise de l'Argentine est basée sur l'administration des anciens fonds de pension récemment acquise par l'Etat et sur un méga plan de relance des travaux publics dont les sources de financement sont obscures...on peut douter de ces annonces si optimistes... www.caem.com.ar/index1.php; « Inician la construcción de una polémica mina de oro y plata", Natalia Muscatelli, Clarin 08/05/09, "Argentina: Las consecuencias de la crisis", La nacion.com, Reuters 12/04/09, "Argentine levy angers mining groups", Jude Webber, Financial Times 9/01/08" href="#footnote8_zm7ra5h">8

2. Conséquences pour l'environnement et les hommes

Nous l'aurons vu, les entreprises minières vivent leur âge d'or en Argentine. On peut s'étonner de constater qu'elles s'implantent y compris dans des régions protégées ou dans des parcs nationaux. Dans le décret du veto à la loi de protection des glaciers, la Présidente Christina Kirchner9 sous-entend que l'exploitation minière pourrait se dérouler dans un parfait respect de l'environnement, en mettant en place une exploitation « propre ». Pourtant, aucunes de ces dispositions ne semblent être honoré : destruction des reliefs et des écosystèmes locaux, pollutions hydriques et contamination des populations, tout prouve que l'environnement reste la dernière des préoccupations de ces entreprises.

 

 2.1. Pollutions chimiques

Les dégâts environnementaux liés à l'extraction de minerais sont nombreux. Malgré l'existence d'autres techniques moins nocives, le cyanure et le mercure sont principalement utilisés pour extraire les minerais comme l'or et l'argent, car ce sont les moins coûteuses. Ces deux substances sont utilisées dans un processus appelé lixiviation : il s'agit de pulvériser la roche puis de passer les fragments sous une solution chimique composée de l'un ou de l'autre de ces produits (amalgamation ou cyanuration). Il n'est pas rare que ces produits chimiques se répandent dans la nature, soit par émission de particules atmosphériques soit par déversement dans l'eau. En effet, pour dissoudre ces solutions, les entreprises minières pompent une quantité d'eau titanesque : 2,3 m3 d'eau sont utilisés pour extraire une tonne de minerai. Et comme toute cette eau ne peut être filtrée et traitée après utilisation (pour des raisons de coûts évidentes), elle est rejetée dans la nature.

Dans le cas des mines à ciel ouvert, on commence par dynamiter les collines afin de remuer les sols, pour ensuite concasser la roche et extraire le minerai qu'elle contient. Ces explosions à la dynamite dégagent d'épais nuages de poussière qui transportent des métaux lourds extrêmement dangereux pour la santé et l'environnement.

Une autre conséquence de l'exploitation minière tout aussi désastreuse pour l'environnement est le phénomène des écoulements acides lié au processus d'excavation. Les fuites souterraines sont extrêmement fréquentes et les produits toxiques pénètrent dans les nappes phréatiques qui alimentent les cours d'eau. Le problème est d'autant plus important lorsque ces activités se situent dans les zones sismiques, car cela augmente le risque de fuite. Il arrive aussi souvent que les entreprises se débarrassent de ces produits directement dans les cours d'eau. Dans le cas des mines à ciel ouvert, le creusement graduel du sol favorise l'écoulement vers le fond du site. Les acides se regroupent au fond de la mine et infiltrent le sol pour des centaines d'années.

 2.2. Conséquences pour les ressources hydriques

L'atteinte aux ressources hydriques est double : d'une part les mines favorisent l'assèchement des nappes phréatiques et des cours d'eau, et d'autre part elles participent à la pollution durable de ces derniers. En effet, pour pouvoir extraire le minerai, les entreprises minières peuvent utiliser par jour jusqu'à 100 millions de litres d'eau10 , pompée directement dans les nappes souterraines et les rivières environnantes.

L'épuisement des ressources hydriques modifie parfois considérablement la géographie du lieu : des vallées luxuriantes deviennent des déserts en un rien de temps, avec à la clé, un appauvrissement immédiat de la biodiversité. Notons également que l'eau est souvent au centre des activités économiques des régions touchées. L'agriculture est par conséquent menacée ainsi que les emplois qui en découlent. Pour les communautés qui pratiquent l'agriculture de substance, la disponibilité des ressources hydriques est une question de survie. Enfin, si les cours d'eau survivent à l'épuisement, ils transportent souvent des particules toxiques qui contaminent les populations, les sols, la faune et la flore.

 2.3. Pollutions radioactives des mines d'uranium

A l'heure de la lutte contre le changement climatique et de recherche de solutions à la crise énergétique, l'énergie nucléaire est souvent donnée comme réponse. Mais si les centrales nucléaires produisent une énergie relativement « propre » en termes d'émissions de gaz à effet de serre, quelles sont les conséquences de l'extraction de l'uranium? Sont les mines d'uranium réellement respectueuses de l'environnement ?

À l'état naturel, l'uranium émet des particules de désintégration radioactives dangereuses pour l'homme à forte dose, comme le radon ou le radium. Mais c'est une fois extrait du sol et isolé qu'il devient réellement nuisible.

La contamination peut s'effectuer à plusieurs niveaux. Les rejets atmosphériques constituent la première cause de contamination : des particules radioactives s'échappent des mines, et parviennent jusqu'aux villages où elles sont inhalées par les populations. Les rejets liquides et solides proviennent quand à eux du traitement des roches. En effet, pour récupérer l'uranium, les entreprises minières utilisent des substances chimiques hautement toxiques comme l'arsenic, les nitrates, l'ammoniaque ou l'acide chlorhydrique. Une fois le traitement terminé, ces substances sont déversées dans la nature et s'infiltrent dans les aquifères. Ces déchets menacent les humains, la faune et la flore d'une contamination radiotoxique.

Enfin, les stériles sont les roches contenant une trop petite quantité d'uranium pour être traitées. Ces déchets encombrants sont souvent laissés à l'abandon.

3. Glaciers des Andes menacés

 3.1. Les glaciers et leurs écosystèmes

En Argentine, la plupart des glaciers sont localisés sur la cordillère des Andes, plus précisément en Patagonie et dans les provinces de Mendoza et de San Juan. En Patagonie, on trouve par exemple des glaciers célèbres comme le Perito Moreno, l'Upsala et le Viedma.

Un glacier est un système ouvert, en interaction avec son environnement. Il est régi par une dynamique complexe, dont la formation obéit à des conditions environnementales uniques et hautement fragiles. Pour qu'un glacier se forme, de fortes précipitations neigeuses sont nécessaires, et le terrain qui les reçoit doit être situé à la hauteur des neiges éternelles. Toute activité non contrôlée qui se déroule sur les glaciers risque donc de générer une grande vulnérabilité des écosystèmes de la montagne, faisant courir des risques à toutes les populations (humaines, animales ou végétales) qui s'approvisionnent en eau grâce au dégel.

Les glaciers jouent en effet un rôle fondamental dans la régulation des ressources hydriques. Durant les périodes estivales ou de sécheresse, les glaciers sont les principales sources d'approvisionnement en eau des zones arides. Dans les provinces de Mendoza et de San Juan de l'ouest argentin, toutes les activités humaines sont hautement dépendantes de l'eau fournie par les glaciers, consommée par les habitants, utilisée pour l'irrigation et la production d'énergie électrique. Les glaciers y font partie d'écosystèmes fragiles dont les activités et la vie humaine dépendent étroitement.

 3.2. Les projets miniers qui menacent les glaciers

Selon Alexander Brenning chercheur à l'université de Waterloo (Ontario, Canada) 11, l'exploitation minière en haute montagne est une source très importante de contamination et de fonte des glaciers en Argentine. On peut citer au moins deux projets célèbres qui risquent de porter atteinte aux glaciers qui les environnent : Pascua Lama et Veladero.

Pascua Lama est un gigantesque projet de mine d'or et d'argent à ciel ouvert (l'un des plus grands au monde, située dans une zone dont les réserves d'or sont estimées à 17.8 millions d'onces et celles d'argent à 718 millions d'onces12 ), initié en 2004 dans le cadre du premier accord bilatéral entre le Chili et l'Argentine. La future mine sera située entre le Chili et l'Argentine (dans la province de San Juan), en plein milieu d'un environnement périglaciaire, à environ 4800 mètre d'altitude. Le gisement sera exploité jusqu'à épuisement, pendant 21 ans maximum. Chaque année, 95 millions de tonnes de roches « stériles » abandonnées comme déchets. La zone de la future exploitation est entourée de cinq glaciers : l'Estrecho, l'Amarillos, le Toro I, le Toro II et l'Esperanza. Au début du projet, l'entreprise canadienne exploitante Barrick Gold Corporation, gênée par trois glaciers qui bloquaient le périmètre d'exploitation, avait proposé de les découper en morceaux pour ensuite les déplacer et les rattacher aux glaciers des alentours. Ce projet a finalement été abandonné par l'entreprise, qui a du revoir le périmètre de son exploitation. En avril 2009, il a toutefois été annoncé que l'extraction, débuterait en septembre 2009 malgré les fortes mobilisations des paysans et des écologistes des deux cotés de la frontière. 

La mine d'or et d'argent à ciel ouvert de Veladero, en exploitation par la même Barrick Gold depuis octobre 2005, se trouve elle aussi dans la province de San Juan et à proximité des glaciers (dans le département d'Iglesia, à 4 km de distance de Pascua Lama). Sa durée de vie prévue est de 17 ans et 18.2 millions d'onces d'or devraient en être extraites.13
 

 3.3. La loi de protection des glaciers et le véto présidentiel

Le 22 octobre 2008, les deux chambres du Congrès adoptent à l'unanimité la loi 26.418 de Protection des Glaciers et de l'Environnement Périglaciaire. Cette loi avait deux objectifs principaux : (1) exiger l'établissement d'un inventaire des glaciers et la systématisation des connaissances sur ces derniers - dont le manque actuel permet aux entreprises de fausser la réalité en omettant par exemple la présence de glaciers à proximité de leurs zones d'exploration - et (2) interdire toute activité pouvant nuire aux glaciers et à leur fonctionnement. Parmi les activités prohibées, on trouvait notamment le déversement de substances ou d'éléments contaminants, de produits chimiques et de résidus, la construction d'infrastructures (à l'exception de celles prévues pour la recherche scientifique), le développement d'activités industrielles, et enfin l'exploration pétrolière et minière.
Malheureusement, le 11 novembre 2008, la présidente de la République d'Argentine, Mme Christina Kirchner, a opposé son veto à cette loi, provoquant un scandale sur la scène politique argentine. Les raisons officielles de ce veto sont explicitées dans le décret 1837/2008 ; elles sont principalement d'ordre économique et attaquent tout particulièrement l'article 6 qui prohibait, entre autres, l'implantation d'infrastructures minières dans les milieux périglaciaires. Selon le pouvoir exécutif, si la loi ne peut interdire totalement les activités dans les milieux périglaciaires, c'est pour ne pas compromettre le développement économique des provinces. La prohibition de toute activité « donnerait aux aspects environnementaux la prééminence sur les activités que l'on pourrait autoriser et qui pourraient être développées dans un parfait respect de l'environnement ».

Pour Marta Maffei, l'ex-députée à l'origine du projet de loi, cet argument n'est pas valable. En effet, les activités interdites par l'article 6 ne concernent pas toute la cordillère des Andes, mais seulement les glaciers et l'environnement périglaciaire. Le veto ayant provoqué un tapage médiatique, il a été proposé d'opérer une réécriture... qui consiste en pratique à vider la loi de son contenu et à la rendre inopérante. De nombreux organismes, en particulier la FUNAM (la Fondation pour la Défense de l'Environnement), ont dénoncé cette manœuvre juridique. Pour cette organisation la réécriture constitue une porte ouverte à la Barrick.

Ainsi, la question est de savoir s'il s'agit véritablement du développement des provinces ou tout simplement des intérêts de la classe politique qui défend ardemment les mines à ciel ouvert.

4. Résistances

Le 14 juin 2009, une manifestation binationale, argentine et chilienne, a rassemblé de nombreuses organisations sociales dans les deux pays derrière la consigne « ne touchez pas aux glaciers», contre les mégaprojets d'exploitation minière et en particulier contre le projet binational Pascua Lama de la multinationale Barrick Gold. Cette marche, où se trouvaient représentées la plupart des organisations du mouvement social sensibles à la problématique socio-environnementale, atteste d'une contestation civile croissante face à ces projets. L'Union des Assemblées Citoyennes, à l'origine de cette manifestation du côté argentin, a rendu possible la convergence des résistances qui s'organisent depuis la fin des années 1990, principalement au niveau local, sous la forme participative d'assemblées citoyennes d'habitants « autoconvoqués ». Dans certains cas, elles ont réussi à bloquer des projets et ont obtenu l'adoption de lois provinciales qui interdisent l'industrie minière chimique à ciel ouvert. Ils se battent notamment, avec le soutien de personnalités, pour faire avancer le cadre législatif sur la protection des glaciers.

 4.1. Les 80% de « no a la mina » à Esquel

Un cas emblématique a montré la voie à d'autres mouvements de résistance locaux: le conflit entre la population d'Esquel, ville située dans la province patagonne de Chubut, et l'entreprise minière canadienne Meridian Gold. Grâce au cri d'alerte lancé par les techniciens et les écologistes de la région, la communauté d'Esquel s'est mobilisée contre l'exploitation d'une mine d'or à ciel ouvert. Les « voisins autoconvoqués » ont organisé un plébiscite en mars 2003, qui manifesta un « non » retentissant à cette exploitation minière toxique, exprimé par 81% des participants, réunissant la majeure partie de la population locale.

 4.2. Les principaux acteurs

Vecinos auto-convocados

Afin de manifester leur opposition aux projets miniers dans leurs villes et leurs provinces, les « Assemblées citoyennes » de « Voisins autoconvoqués » recourent à de nombreux moyens d'action « directe » : les coupures de routes, le blocage du transport de l'outillage, des machines ou de matériel vers les lieux d'exploitation ou les usines des multinationales, les mobilisations massives, les événements de dénonciation des personnalités publiques du type « Escraches » , ainsi que les grèves de la faim. Elles mettent également en œuvre des campagnes d'information, d'éducation et de recherche. Elles se rassemblent et convergent pour ce type d'action, depuis 2000, dans une union au niveau national.
 
Un exemple : Famatina (La Ríoja)
Ainsi, dans l'ancien site minier de Famatina, où les mines anglaises fermées en 1926 n'avaient laissé à la population locale « même pas une dent d'or, mais seulement des veuves », comme le rappelle une habitante des environs, un nouveau pôle d'extraction a récemment été ouvert à 4500 m d'altitude, dans la zone de La Mexicana, par la compagnie Barrick Gold. Les « voisins », qui ne savaient alors rien du b.a- ba du langage écologiste, ont pris conscience que cette activité représentait certes un travail pour une minorité, mais modifiait la vie quotidienne des habitants par la diminution des ressources en eau et la pollution engendrée par les déchets toxiques, sans compter la disparition d'une partie de la montagne. L'assemblée a alors porté le slogan : « Famatina no se toca ». Entre janvier et février 2007, ils ont manifesté et coupé à deux reprises la route d'accès au campement installé par l'entreprise dans les hauteurs de Famatina qui néanmoins perdure. En 2007, une crise politique dans la province a offert une certaine visibilité à cette mobilisation citoyenne. Le gouverneur a été démis et remplacé par le vice gouverneur Beder Herrera, qui a favorisé une loi provinciale d'interdiction des mines à ciel ouvert avec l'utilisation du cyanure, et l'obligation d'une consultation populaire pour ce type de projets. Mais en 2008, une fois son pouvoir consolidé, le nouveau gouverneur n'a pas respecté ses engagements vis-à-vis de la communauté mobilisée.
 
L' UAC (Unión de Asambleas Ciudadanas)
L'Union des Assemblées Citoyennes (UAC) se veut un espace de convergence, d'échange et d'action pour les assemblées locales de « Voisins autoconvoqués », des organisations non partisanes, n'appartenant pas à l'appareil d'Etat, et ouvertes à tout citoyen qui souhaite s'unir au mouvement de défense des biens communs, de la santé et du droit à l'autodétermination des peuples menacés par le pillage et la pollution que représentent les projets d'exploitation minière. C'est donc un outil d'union pour les communautés locales, qui ne comporte aucune instance officielle d'organisation constituée (ni comité de direction ou de gestion, ni autorité, ni porte-parole).
Ses principes sont la construction par la rencontre et l'action, la production collective d'un message qui se propose d'arrêter la destruction des êtres et de l'environnement, considérés comme un tout, de remettre en question le modèle aujourd'hui hégémonique de production et de consommation pour penser de nouvelles formes d'existence collectives.

La 9° rencontre de l'UAC s'est tenue à San Juan du 23 au 26 avril 2009. Cette province a été choisit du fait du projet Pascua Lama qui remet en question l'existence des glaciers de la région. Cette rencontre a rassemblé des représentants de plus de 300 organisations locales de tout le pays, en lutte contre des multinationales principalement impliquées dans l'exploitation minière ou encore dans le secteur agro-industriel (fabrication de cellulose...).

La 9° rencontre a constitué un « Forum de Protection des Glaciers et de l'Ecosystème Andin » et s'est réuni à l'Université Nationale de San Juan. Le Prix Nobel de la paix, Adolfo Perez Esquivel a pris la parole à cette occasion. On a pu noter également la participation de Nora Cortiñas, des Mères de la Place de Mai Linea Fundadora. Des personnalités politiques qui soutiennent les Assemblées au niveau national étaient également présentes : l'ex-députée du Congrès National Marta Maffei, et le Procureur Fédéral de Tucuman Antonio Gustavo Gómez.

 4.3. Les répressions

A l'heure actuelle, la résistance anti-mines souffre d'une répression exercée par les autorités au niveau local et impulsée directement par les entreprises minières. Voici quelques faits récents, parmi beaucoup d'autres .www.noalamina.org et http://argentina.indymedia.org" href="#footnote14_dx04km2">14

Dans la province de San Juan, le 10 décembre 2008, les membres de l'Assemblée de San Juan contre la contamination » et l'Union des assemblées citoyennes de Buenos Aires ont été réprimés par la police provinciale15 . Les manifestants avaient tenté de déployer une banderole en signe de protestation contre les mines. La police a agi en appliquant le code N°781916 qui est entré en vigueur le 14 novembre 2008 et a été approuvé à l'unanimité par la législature provinciale. Le dit code aurait comme objectif de prohiber les mobilisations en criminalisant les protestations sociales.

Le 19 février 2009 dans les alentours de Chicelito (dans la province de la Rioja), la police a interdit à une trentaine de personnes activistes des UAC de participer a un rassemblement qui se déroulait sur la place principale. Une femme de 70 ans a été mise en détention. Marcela Crabbe a accusé la police de l'avoir frappée. L'UAC de la Rioja accuse le gouverneur de la province, Luis Beder Herrera, de mener une politique répressive contre les mouvements, mais aussi de détenir illégalement et de maltraiter des personnes.

Le 15 avril 2009, près de Fatamina et de Chilecito (villes situées dans la province de la Rioja), où la canadienne Barrick Gold Corporation projette d'implanter une mine utilisant des produits toxiques comme le cyanure, deux femmes qui barraient la route d'accès au site de Mexicana ont été blessées suite à une altercation avec des employés de l'entreprise et des fonctionnaires du gouvernement17

Dossier d'information réalisé par le Collectif Si a la Vida
Pour plus d'informations : http://dunplateaualautre.over-blog.com
Contacts : sialavida-argentina@googlegroups.com, dunplateaualautre@yahoo.fr

 

  • 1. "La Argentina Minera: Análisis macroeconómico". Ana Laura Berardi -Conicet - UNMDP
  • 2. "Minería: se llevan todo y nos dejan contaminados", Pedro Resels, Ecoportal, juin 2009
  • 3. L'expression de l'économiste John Williamson (1989) pour désigner les mesures recommandées aux économies en difficulté, et en particulier à celles d'Amérique latine, par les institutions financières internationales ayant leur siège à Washington DC : Banque mondiale et F.M.I, soutenus, en la matière, par le Département du Trésor américain
  • 4. Ibid
  • 5. "La Argentina Minera: Análisis macroeconómico". Ana Laura Berardi -Conicet - UNMDP
  • 6. "Radiografía de la Argentina minera", Dario Aranda PAGINA 12, 13/01/08
  • 7. "Después de la crisis internacional, la minería local comienza a ver Luz al final del túnel". Laura Suárez Samper , La Nacion 26/03/00
  • 8. Pour aller plus loin, voir également : "Argentine levy angers mining groups", Jude Webber, Financial Times 9/01/08, CAEM - Cámara Argentina de Empresarios Mineros : www.caem.com.ar/index1.php; « Inician la construcción de una polémica mina de oro y plata", Natalia Muscatelli, Clarin 08/05/09, "Argentina: Las consecuencias de la crisis", La nacion.com, Reuters 12/04/09, "Argentine levy angers mining groups", Jude Webber, Financial Times 9/01/08
  • 9. Decreto 1837 /2008 : « y la prohibición de la exploración y explotación minera o petrolífera, incluyendo en dicha restricción aquellas que se desarrollen en el ambiente peri glacial saturado en hielo, daría preeminencia a los aspectos ambientales por encima de actividades que podrían autorizarse y desarrollarse en perfecto cuidado del medio ambiente ».
  • 10. Quantité d'eau utilisée pour dissoudre la solution de cyanure servant à la lixiviation. Voire « Quand l'or jeune salit l'or bleu », Les Voyageurs de l'eau. http://aventure.blogs.liberation.fr/eautour_du_monde...
  • 11. Pour consulter les études de Brenning sur les glaciers rocheux on peut de se référer au site suivant : http://www.environment.uwaterloo.ca/research/profile...
  • 12. http://www.infomine.com/index/properties/pascua_-_la... ("The deposit contains 17.8 milion ounces of gold and 718 million ounces of silver reserves.")
  • 13. L'investissement pour ce projet correspond à 547 millions de dollars. Pour plus d'informations, voir www.infomine.com/minesite/minesite.asp?site=veladero
  • 14. Voir www.noalamina.org et http://argentina.indymedia.org
  • 15. http://argentina.indymedia.org/features/medioambiente/ (En San Juan, la protesta social está prohibida)
  • 16. Código de falta sanjuanino N° 7819
  • 17. http://www.noalamina.org/index.php?module=announce&A... (Funcionarios del gobierno y mineros de Barrick golpearon a mujeres en Peñas Negras)

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