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Graine de révolte au pays du gaz de schiste

Le 6 novembre, le résultat du vote des 80 000 habitants de Longmont (Colorado) a fait moins de bruit que la réélection de Barack Obama. Marquant le début d'une fronde citoyenne contre l'exploitation du gaz de schiste, il pourrait compliquer la stratégie énergétique d'un président qui compte sur les immenses réserves du pays en gaz pour réaliser l'une des promesses phares de sa campagne : l'indépendance énergétique des Etats-Unis en 2020.
Ce jour-là, en même temps que le choix du président, les électeurs de cette cité résidentielle nichée au pied des Rocheuses étaient aussi invités à se prononcer sur une proposition de texte interdisant la fracturation hydraulique (fracking) sur le territoire de la commune.

Eau et Extractivisme au FAME: du Nord au Sud, un modèle, des luttes

Le Forum Alternatif Mondial de l'Eau (FAME) ouvrira ses portes à Marseille du 14 au 17 mars. "Eau et extractivisme" est l'un des axes thématiques des ateliers et débats du forum : http://www.fame2012.org/files/eauext.pdf 

Mines, puits de pétrole et de gaz, plantations ou élevages industriels, barrages hydroélectriques géants…,- tous les jours, de nouveaux territoires sont transformés en zones de sacrifice destinées à fournir matières premières et énergie. L’exploitation à grande échelle de la nature et de ses « ressources » s’accélère de façon exponentielle dans les pays du « Sud », enfermés dans ce « rôle » depuis l’époque des colonies. Bouleversements sociaux et transformations culturelles inévitables, altérations souvent irréversibles des écosystèmes, pollutions aux effets dévastateurs pour la santé, - les impacts des industries extractives sont connus et dénoncés. Au Nord aussi, la prédation avance : la récente avalanche de projets d’exploitation d’hydrocarbures dans les pays occidentaux montre bien que, même si les contextes diffèrent, aucun territoire n’est définitivement épargné. Partout, au Sud, comme au Nord, éclatent des conflits entre populations victimes ou menacées, entreprises et pouvoirs publics. Dans de nombreux endroits de la planète, s’organisent des résistances, se structurent des mobilisations et naissent des mouvements populaires qui s’opposent aux « mégaprojets » d’exploitation de la nature.

« L’eau vaut plus que l’or », - proclament les graffitis sur les murs des villes et villages d’Argentine, du Pérou, de Colombie… et d’ailleurs, « Boire ou conduire, il faut choisir », - scandent les militants anti-gaz de schiste français. L’eau, qui « n’a pas de prix », est, presque toujours, au centre de ces combats. Continuellement, l’accès à l’eau, sa disponibilité ou sa qualité se voient directement menacés. Chaque industrie a son « livre noir». Les mines à ciel ouvert polluent les cours d’eau et les aquifères (produits toxiques et métaux lourds provenant de drainages acides), dégradent les zones de recharge hydrique, détériorent les glaciers et le permafrost. Dans des régions déjà victimes de stress hydrique, des millions de litres d’eau sont utilisés quotidiennement pour les activités minières au détriment des besoins des populations. L’extraction d’hydrocarbures de schiste requiert aussi d’énormes quantités d’eau. Chaque opération de fracturation hydraulique consiste à injecter dans le sous-sol entre 10 et 20 millions de litres d’eau, mélangée à du sable et des adjuvants chimiques, dont une partie seulement remonte à la surface et dont le retraitement pose de sérieuses questions. L’exploitation pétrolière a un lourd passif : pollutions de l’eau douce et de l’eau de mer, accidentelles (marées noires) ou systématiques (delta du Niger, Amazonie équatorienne ou péruvienne…) qui provoquent de véritables tragédies environnementales, sanitaires et humaines. Les grands barrages hydroélectriques sont à l’origine de la disparition des poissons de nombreux fleuves, ce qui équivaut à la destruction des économies locales basées sur la pêche. La liste est longue… 

Le terme « extractivisme » nous vient de l’Amérique hispanophone*.

Auprès de son arbre… Ricardo Carrere, à tout jamais.

Par: 
Anna BEDNIK

Ricardo CarrereRicardo CarrereRicardo Carrere fut emporté par un cancer le 16 août 2011, à Montevideo. Il avait  68 ans. Il a été – et il le restera pour toujours – une figure de référence de la critique écologiste du capitalisme, en Uruguay (son pays d’origine), en Amérique latine et dans le monde entier.  

Son engagement radical contre la dictature (1973-1985) lui a valu sept ans de prison et des années d’exil. Plus de trente ans plus tard, il luttait toujours contre l’oppression, désormais celle des entreprises de cellulose et des latifundia forestiers. Ingénieur forestier de formation, il a été (de 1996 à décembre 2010) coordinateur international du Mouvement Mondial pour les Forêts tropicales (WRM, www.wrm.org.uy), le plus important réseau international de militants pour la défense des forêts tropicales et des peuples qui y vivent. En 1997, il a cofondé le Grupo Guayabira (www.guayubira.org.uy), une association uruguayenne qui regroupe personnes et organisations soucieuses de la conservation des forêts natives et préoccupées par les impacts sociaux, économiques et environnementaux des monocultures industrielles d’arbres.  

Farouche détracteur de la « révolution verte », Ricardo n’a eu de cesse de dénoncer toutes les activités qui causent la destruction des forêts tropicales et dépossèdent les communautés natives de leurs droits: abatage commercial d’arbres, plantations forestières industrielles, grands barrages, industrie minière, élevages de crevettes, monocultures agricoles, mécanismes de certification, marché de carbone, etc. Il a laissé de nombreux travaux de référence sur ces sujets.

Comme beaucoup d’autres personnes, nous avons eu l’honneur de croiser son chemin. Comme pour beaucoup de ces personnes, même une brève rencontre avec lui nous a suffi pour nous sentir profondément affectés par la triste nouvelle de sa disparition. Nous avons voulu lui rendre ici un modeste hommage. Hommage à l’immense travail qu’il a laissé derrière lui, précieux héritage pour tous ceux qui sont convaincus que l’émancipation et la justice sociale ne peuvent être pensées sans tenir compte de la nature. Hommage, aussi, à sa lucidité passionnée, son amour pour la vie, son profond humanisme, son humilité et sa générosité, - traits de caractère exemplaires et contagieux d’un militant infatigable, à qui sa soif de justice et son engagement infaillible ont réservé une place singulière dans la mémoire des luttes socio-environnementales. 

Pour ce faire, nous publions quelques extraits de l’entretien que nous avions eu avec lui il y a à peine plus d’un an, à Montevideo, au cours duquel nous avons abordé plus spécifiquement le contexte uruguayen.

Anna Bednik et Jérémy Dotti : A en croire les indicateurs du « développement humain », l’Uruguay serait l’un des pays les plus « développés » d’Amérique latine1. Quelle est la place de l’environnement dans ce « développement » ?

  • 1. Troisième dans le classement du développement humain du PNUD 2010, derrière le Chili et l’Argentine

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Huile de schiste : P. Martin refuse de signer la mutation des permis à Hess Oil

Le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, a indiqué tôt ce matin jeudi 28 novembre à Reporterre qu’il avait décidé "de refuser de signer la mutation à Hess Oil des sept permis d’Ile-de-France". Cette décision sera détaillée dans un entretien avec le journal le Parisien à paraître ce jour.