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Tia Maria, l’extractivisme contre-attaque

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Date de publication: 
Samedi, 4 Avril, 2015
Par: 
Raqueln

Le géant Grupo México, premier producteur minier mexicain et  3ème producteur mondial de cuivre, est la propriété de l’entrepreneur German Larrea qui possède la 2ème fortune du Mexique (14 700 millions de dollars). Sa filiale, Southern Peru Copper Corporation, exploite au sud du Pérou les sites de Toquepala et Cuajone et la raffinerie de Ilo. Aujourd’hui, le portefeuille péruvien du groupe s’agrandit grâce au développement du projet Tia Maria dans la vallée d’El Tambo, riche zone agricole de la région d’Arequipa[1].



[1] Vallée de 13 000 ha, production agricole surtout de pommes de terre et d’ oignons pour une valeur de 328 millions de dollars annuels, 30 000 emplois directs et indirects

Avec un investissement estimé à 1 400 millions de dollars, ce gigantesque projet  devrait produire 120 000 tonnes de cuivre en 18 ans d’exploitation. Le minerai serait obtenu en utilisant de l’acide sulfurique, puis par lixiviation et dissolution par des solvants et finalement l’électrodéposition. D’énormes quantités d’eau devraient être utilisées selon le procédé choisi. Elles proviendraient soit des eaux souterraines de la vallée à raison d’un prélèvement de1 268m3/h, soit d’une usine pour dessaler l’eau de mer – encore à construire - avec une utilisation de 2 133m3/h. Le projet est constitué de deux puits à ciel ouvert  (open pit):

-          - La Tapada : 12 ans d’exploitation, réserve de 445 millions de tonnes d’oxyde de cuivre, superficie de 232 ha, longueur de 2 390 m, largeur de 1 280 m, profondeur de 400 m. Déchets : 283 millions de tonnes, soit une colline de 265 m de hauteur.

-          -Tia Maria: 6 ans d’exploitation, réserve de 193 millions de tonnes d’oxyde de cuivre, superficie de 148 ha, longueur de 2 060 m, largeur de 960 m, profondeur de 700 m. Déchets : 200 millions de tonnes, soit trois collines de 200 m de hauteur moyenne chacune[4].

A cela, il faut ajouter les déchets sulfurés et ceux provenant de la lixiviation estimés aussi à plusieurs millions de tonnes et autres déchets de l’activité minière. La zone affectée comprend toute la vallée d’ El Tambo, plusieurs bassins versants, le littoral et le sanctuaire national « Lagunas de Mejia ».[i]

Le projet est paralysé depuis juin 2011, les habitants de la province de Islay, région Arequipa, s’étaient opposés aux débuts des travaux. Les manifestations de refus du projet avaient été durement réprimées par la police avec 3 manifestants assassinés et 44 blessés. La première étude d’impact environnemental (EIA), présentée en 2009, avait valu 136 observations de la part de l’UNOPS[5] le bureau de service des projets de l’ONU. Celles-ci, dit le gouvernement, ont été levées et l’EIA approuvée en début de cette année.

A nouveau, la population décide avec, entre autres, le Frente de Defensa del Valle del Tambo, d’organiser une grève indéfinie qui débute le 23 mars par le blocage des routes. Dès les premiers jours, la répression est forte. Le 3ème jour de grève, plus de 4 000 agriculteurs  décident de marcher, heureusement sans rencontrer d’incidents, vers Mollendo, capitale de la province de Islay qui est favorable au projet. Depuis, les heurts avec la police se répètent avec un bilan actuel de 21 blessés et de nombreuses personnes arrêtées. Le maire de la province de Islay, Richard Ale Cruz, et les maires des districts de Cocachacra, Helard Valencia, de Punta de Bombón, José Ramos Carrera, de Dean Valdivia, Jaime de la Cruz qui soutiennent la grève, accompagnés de 200 agriculteurs, ont entamé la marche vers la ville de Arequipa, capitale de la région, où les habitants les soutiennent. 

Yamila Osorio, toute récente et jeune gouverneur régional de Arequipa, jouera le rôle d’intermédiaire entre la population et le gouvernement qui a proposé une « table de négociations » après avoir « convaincu » l’entreprise Southern de continuer le projet. En effet, celle-ci avait fait croire qu’elle allait abandonner le projet faute du soutien du gouvernement[6].

Le gouvernement péruvien, fidèle vassal du néolibéralisme, est voué à fournir en matières premières les entreprises coûte que coûte, au détriment de la santé de la population, des activités économiques durables - telles que l’agriculture et le tourisme, de l’environnement et de l’eau. Le chemin choisi par ce gouvernement, marqué par de nombreux règlements et lois en faveur de l’investissement dans les industries extractives qu’il ne cesse de dicter depuis le début de son mandat, va à l’encontre de la vie.

 

 

 




[1] Organismo de Evaluacion y Fiscalizacion Ambiental

[2] Organismo Supervisor de Inversión en Energía y Minería

[3] Non accomplissement du Programa de Manejo y Adecuacion Ambiental, atteinte à la Loi Générale de la Santé, à Loi Générale de l’Environnement et au Règlement de Protection Environnementale dans le Secteur Minier et Métallurgique dans son usine de métaux précieux et la zone de lavage des voitures de train. http://mesadedialogoilo.blogspot.com/2008/05/multa-la-southern-incumplimiento-pama.html

[5] United Nations Office for Project Services

[6] Les premières réunions ont eu lieu et la population reste ferme sur le refus du projet minier et en faveur de l’activité agricole. La grève indéfinie continue.



 

Photos: Collectif Salvemos el valle del Tambo, El Comercio, El Buho, La República

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