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TIA MARÍA : OFFENSIVE SUR TOUS LES FRONTS

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Date de publication: 
Jeudi, 4 Juin, 2015
Par: 
raqueln

En 2011, dans la vallée du Tambo (province d’Islay, région d’Arequipa), comme à Cajamarca, le président Ollanta Humala promettait pendant sa campagne électorale  de défendre l’eau et l’agriculture face aux projets miniers[1]. Ces promesses ont été vite oubliées : comme les Présidents qui l’ont précédé, Humala  voue le pays à l’extractivisme n’hésitant pas à sacrifier le territoire et les populations.

Violente répression

Le 15 mai dernier, lors d’une intervention télévisée,  Humala a annoncé vouloir respecter les contrats signés avec les entreprises minières. Peu après, il  a refusé de suspendre le projet Tía Maria, malgré une opposition grandissante.

.La compagnie Southern Copper Corporation, elle, fait « une pause » dans le développement du projet pour une durée de 60 jours[1]. Après l’assassinat par la police de l’agriculteur Ramon Colque le 23 mai[2], Humala a décrété l’état d’urgence. Il avait déjà ordonné, dès le 9 mai, l’intervention de plus de 2000 militaires pour occuper la zone. L’occupation a donné lieu à une vague de répression digne d’époques dictatoriales : la nuit du 27 mai, premier jour de la grève macro-régionale lancée par les organisations sociales des régions voisines (Ayacucho, Puno, Apurimac, Cusco, Tacna, Moquegua) et soutenue par celles de Cajamarca et par des manifestations à Lima, à Cocachacra, l’épicentre du conflit, le courant électrique a été coupé, pendant que la police entrait dans les maisons pour arrêter des opposants[3]. Ce conflit a déjà coûté la vie à 6 personnes, cinq manifestants et un policier. La dernière manifestation à Lima, organisée par le mouvement des jeunesses « Las zonas » a été durement réprimée, près de 30 jeunes sont en ce moment en détention provisoire. Présentés devant le procureur, ils sont menacés de peines de prison[4].

La mobilisation ne faiblit pas                

Malgré la trahison de l’ex-président du Front de Défense de la Vallée du Tambo Pepe Julio Guiterrez (qui négociait avec la mine la fin de la grève contre une importante somme d’argent [5], le mouvement de protestation des agriculteurs de la vallée n’a pas faibli. La grève indéfinie s’est poursuivie, et le mouvement s’est associé à l’appel à la grève macro-régionale  du 27 et du 28 mai.

Le conseil régional d’Arequipa, qui au début avait tenté de jouer le rôle d’intermédiaire en demandant une meilleure information de la population, a fini par prendre ouvertement le parti des opposants, en appelant à la révision de la 2ème Etude d’impact environnemental (refusée par le gouvernement national) et à la suspension du projet.[6]

Silence médiatique savamment orchestré

Depuis la fin de la grève macro régionale, on n’entend plus grand-chose de la province d’Islay. Un silence de plomb a recouvert la vie ou les  protestations dans la vallée : la 3ème procurature provinciale chargée de prévention des délits a adressé à la presse locale une résolution lui « demandant » de s’abstenir de  « tout commentaire, opinion ou observation qui puisse inciter à la violence » (sic ![7]). Cela voulait dire, en clair, qu’il fallait arrêter de filmer la police ou les militaires lorsqu’ils massacrent les opposants (à coup de tirs à balles réelles ou placent des armes dans les mains des  agriculteurs pour essayer de les condamner[8] ; qu’il fallait arrêter de filmer ou d’interviewer la population qui subit les agressions et les exactions de la police, etc., etc. Menacés par la police, plusieurs journalistes ont dû quitter la zone[9].

Au même moment,  c’est le lobbyiste entrepreneur Martin Belaunde Lossio, poursuivi pour des faits de corruption, collusion et association illégale contre l’administration publique et trafic d’influence  en faveur du couple présidentiel  dont il est proche[10], qui refait la une de la presse nationale. L’homme, en arrêt domiciliaire en Bolivie, aurait fui sa résidence, parcouru 900 kilomètres jusqu’à la frontière avec le Brésil pour se cacher sous un lit afin d’échapper à la police bolivienne ! Il  serait parti en pyjama, sans ses médicaments, sans même s’être rasé…. ! Toute une comédie montée, qui servira de paravent contre les informations provenant d’Islay.  Pendant ce temps,  El Comercio, journal de droite à tirage national de 100.000 exemplaires, appelle le Président  à plus de « fermeté » contre les opposants à la mine.

 

Agro si, mina no

Mais les agriculteurs de la vallée du Tambo sont décidés : ils ne cèderont pas un millimètre ; les quatre maires partie prenante de l’opposition sont actuellement cachés, on a restreint leur budget – un autre moyen classique de faire pression sur eux-, des ordres de détention pèsent sur eux, 13 personnes ont été arrêtées pendant la grève, mais cette dernière continue et on entend déjà les appels à la grève nationale. Dans d’autres zones de conflits miniers, la colère commence à gronder : Marcona dans la région d’Ica, Moquegua, Tacna, Cusco, Puno.

Dans la vallée du Tambo, on profite de la trêve de 60 jours décrétée par l’entreprise pour recommencer à cultiver les champs. La vallée est célèbre pour sa production agricole, vivrière, mais aussi celle destinée à la vente, à Lima, comme à l’export. Il y a parmi les opposants au projet Tia Maria aussi bien de petits agriculteurs familiaux que des producteurs de taille plus importante. Il est vrai que les pratiques de tous ne sont pas exemplaires et qu’on y recourt à des engrais « modernes » (issus de chimie de synthèse).  La bataille pour introduire et pour promouvoir l’agriculture biologique tournée vers la souveraineté alimentaire reste encore à mener. Mais pour l’instant, il s’agit déjà pour les organisations locales de défendre les terres agricoles contre l’extractivisme minier, contre la pollution de l’air, de l’eau et des sols que provoquera l’exploitation minière.

 



[1] http://peru.com/actualidad/economia-y-finanzas/tia-maria-southern-peru-suspende-proyecto-cuando-lo-retomaria-noticia-356811

[2] http://elcomercio.pe/politica/gobierno/estado-emergencia-islay-garantizar-paz-noticia-1813343

[3] http://www.radioexitosa.pe/actualidad/expl61912-tia-maria-denuncian-detencion-arbitraria-de-johttp://peru21.pe/actualidad/tia-maria-fiscal-pide-9-meses-prision-3-promotores-paro-2219319venes-durante-corte-de-luz-en-islay

[4] http://www.sinembargo.mx/29-05-2015/1360088

[6] http://larepublica.pe/politica/1069-tia-maria-el-consejo-regional-de-arequipa-acordo-pedir-la-suspension-del-proyecto-minero

[7] https://redaccion.lamula.pe/2015/05/26/caza-de-brujas-intimidan-a-periodistas-independientes-que-incomodan-a-tia-maria/albertoniquen/

[8]

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[9] http://www.radiolavozdelsurmoquegua.com/urgente-periodistas-del-valle-del-tambo-denuncian-amenazas-de-policias-y-se-refugian-en-arequipa-este-martes-brindaran-una-conferencia-de-prensa-para-informar-que-la-mayoria-de-noticieros-han-teni.html

[10] http://peru21.pe/politica/martin-belaunde-lossio-habria-sido-capturado-bolivia-2219734

Paro: une grève de caractère "illégal" où l'arrêt est total: transports, usines, administrations, agriculteurs, négoces, écoles, etc cessent le travail

Voir aussi:


class="c_nobdr t_prs" href="https://www.youtube.com/watch?v=5dIITmMSMvg" target="_blank">
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